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Un peu de nature et un zeste de culture

Ca pousse

Ca pousse

La petite entreprise continue à pousser, on ne finit pas d’en jouir, mais avec moins de plaisir. De Dietrich, Comet, Chaffoteaux et Maury, Olivetti, Chavigny. On pose, on installe, on ramone, on se salit. Elle récure sans faire de manucure. On mange, on bouffe, on se gave en se donnant des baffes. Elle fait de la musique en ne canalisant pas son souffle, elle rougit, bombe le torse et gonfle ses joues, sans harmonie. Elle retourne à l’école avec les petits et solfège. Petites partitions d’observations enfantines. On m’aime mais on meurt. C’était un coup au cœur. Le bois était trop haut. On se reprend, on reprend son souffle avec l’énergie d’un espoir dans les génuflexions indiennes. Relax sans entracte. Sacrifices, énormes sacrifices pour les petits qui grandissent. On débarque à l’école dans une association de parents d’élèves où l’on est la championne de l’organisation extra-scolaire. On veille sur le grain des poussins avant qu’ils ne deviennent coqs et poule. On fait des poules au pot. On aime les petites madeleines. Cartésienne dans ses pensées : je dépense donc je suis. Et je me dépense. Caravaning, dans le collectif mais en solitaire. Complexes des reclassés qui s’enrichissent au cours des années. Les ouvriers, les employées, à la tête de la petite entreprise familiale made in nowhere. No man’s land. Les familles sont dispersées, écartées ou rejetées. On cherche une case où se placer. C’est le travail, le labeur qui ramène du beurre et on courbe l’échine. Des maladies de bonne sœur s’installent, on a mal aux genoux. Madame, elle, rêve à ses grandeurs, aux objectifs que les petits doivent atteindre. Elle a tracé leur avenir, ils ne savent pas où se situer. Ailleurs, on gagne aussi du fric. Mais il y a aussi les chômeurs, les usines sont délocalisées et l’étranger fait peur. Touche pas à mon pote ou sinon, c’est une grosse claque avec des odeurs de boules puantes et de Durafour à cuire. New wave, nouvel âge, nouvelle ère, les petites boîtes sont bouffées par de grosses demeures. La petite entreprise, elle, s’en sort pas mal à force de fuite en avant. On continue à bosser pour nourrir la petite famille qui pousse et qui a de nouveaux besoins. Enfants gâtés, mais pas chéris chéris. Bisous bisous quand même. On m’aime. C’est l’aisance et on devient baleine au régime sans sel. Beaucoup de tension. On picore de la ficelle, on prend ses médicaments. Chez les enfants, il y a les forts en thème, les bons en tout et la bonne à pas grand-chose. C’est la décomposition depuis le début. On écarte, on exclut, on favorise, on punit, sensible à la réprimande. C’est marqué dans le carnet que l’on donne à la maîtresse. La petite chose s’attache sans le vouloir mais ne rêve que d’une chose : que les parents divorcent. C’est qui que tu préfères ? Ton papa ou ta maman ? « Maman » pour donner un petit plaisir à maman, baffe du père. Retour en arrière. Elle veut prendre des médicaments, s’enfuit chez sa maman. C’est la rage, une passion qui dépasse et qui se déchaîne pour revenir s’enfermer de nouveau dans la maisonnée. On ne s’échappe pas, on n’y échappe pas, c’est la destinée. Vivre ensemble en solitaire. Chacun dans sa chambre, dans son atelier. On joue, on travaille, on bricole. La petite chose lit. Elle écoute aux portes, surtout quand ça parle fort. Elle est un peu curieuse, aime se calfeutrer dans le creux de l’escalier. Elle n’entend pas grand-chose, mais juste assez pour comprendre que c’est loin d’être la concorde. On se dispute, on se jalouse, on est jalouse. On envie. C’est la petite musique de nuit ou les grandes orgues sur un Bontempi mal éclairé. La voisine est une vierge noire. L’autre est une veuve. Il y a le médecin et la pianiste. Il y a aussi les amis du week-end, ceux qui savent taper la belote en testant le whisky, avant d’aller chez les culs-nus. On rigole, on a la peau douce et les seins tombent. La fraîcheur se dissipe. On s’assure mais on ne s’assume pas. C’est la ritournelle des premiers regrets, de tout ce que l’on pourrait faire, ou que l’on n’a pas encore fait. Acheter des maisons, aller visiter Cuba, voir les Chutes du Niagara et rêver d’une belle peau bronzée avec une petite peau couleur de lait. Manger une langue de bœuf, sans câpres ni cornichons, pleurer sa mère à quarante ans bien passés, pas encore trop tassés. Boire la tasse pour peu de choses, se noyer dans le verre toujours à moitié vide. Un verre d’eau, parce qu’on n’aime que l’eau, mais les bulles du Champagne savent lui monter à la tête. Des petites bulles qu’il faut regarder s’échapper, parait-il, si on veut profiter de la vie. Car à chaque jour sa petite bulle de Champagne, ou plutôt sa bulle papale, son encyclique. Avoir peur de ne pas nourrir suffisamment son mari, gaver ses enfants, vouloir échapper à des courroux en se réfugiant sans sa propre insatisfaction. Madame plus plus ? Plutôt madame moins moins, celle qui n’a jamais assez, celle à qui on ne donne jamais assez, celle à qui on ne se donne jamais assez. Mélodie en mode mineur, pour du bonheur qui a toujours passé. « On était heureux en ce temps-là », dit-elle, quand toute la nichée fait la gueule sur la photo. Vexer, humilier, crotter. « Mais je t’aime ». Passionnément, à la folie, et, finalement, pas du tout. Jouer aux gens qui s’aiment pour la petite patte du lapin qui porte chance. Le jour du mariage, les lapins se sont jetés sous les roues des invités de la noce. De la noce à la fée Carabosse, qui cabosse. On se rencontre à un bal, il joue les enamourés le lendemain dans la maison maternelle, on se fiance, on se marie, on espère avoir des enfants. Comme tout le monde. Les enfants ont du mal à naître. Les premiers coulent. Elle ne les retient pas. Ceux qui vont suivre seront retenus, mais vont couler sans retenue. Pour que celle qui donne la vie puisse vivre. Elle veut exister. Dans son écran aux lunettes fumées. Elle enfume et consume. Elle consomme. Elle dépense, donc elle est. Être et avoir, c’est un peu la même chose, c’est même exactement le même langage, les mêmes signes, les mêmes lignes de comptes. Elle fait les marchés, se rend dans les supérettes et les petits supermarchés. Elle fait toujours de bonnes affaires, choisit les meilleurs produits, est la reine de son petit logis. Pas la reine des abeilles, ni celle des fourmis. Juste la reine, celle qui porte sa couronne d’épines pour piquer avec son verbe fleuri un potentiel ennemi. Elle s’enferme, elle encage. Liberté, égalité, fraternité. La République, c’est elle. Elle est Républicaine. Pas de la cinquième, mais plutôt de la troisième. Celle qu’on lui a apprise quand elle était petite, avec des principes moraux bien placés. Car elle a une belle moralité et de bonnes mœurs. Elle n’aime pas les soirées en blanc, trop Eddy Barclay. Elle préfère l’Eddy Mitchell de ses années yéyé où Duke Ellington fréquente Adamo. Elle a des principes, des rigueurs, de bonnes mœurs et une bonne moralité. Elle est irréprochable, parfaite, et ne se laisse visiblement pas subjuguer quand on lui conte fleurette, si on lui conte fleurette. Elle est l’incarnation de la vertu. Elle a porté ses enfants dans l’immaculée conception, assurément. Mère porteuse de toutes ses petits ou grands chagrins, petites ou grandes misères. Elle n’est jamais désolée mais n’est que désolation. Elle est ravagée et transfuse ses ravages. Elle veut susciter de l’amour, de la passion, incite à la fusion. Elle est sous l’infusion du gouffre qui l’anime. On est à la Gueule d’enfer, dans la gueule de l’enfer, au pays des ogresses, sur le petit sentier du cimetière. Elle fleurit les tombes, joue du chrysanthème comme on joue du hautbois. Avec des joues qui se gonflent et un visage tout rouge. Un rouge qu’elle incarne et qui lui monte à la tête. C’est la couleur du sang qui ne coule plus dans les veines. Celle de la passion selon les belettes. Grosse poule au pot aime les coqs au vin, mais pas de miettes. Elle gagne ses médailles de combattante au cours de ses repas, des médaillons qui tâchent ses pulls, ses gilets et le coin de ses lèvres et de son menton. Ça coule tellement elle boulotte. Pourtant, elle se tient bien droite à sa table et pique parfois du nez dans son assiette. Elle est fatiguée, elle ne dort pas, elle dort après les repas. Repuse. Mais toujours confuse, prise dans ses propres turpitudes et ses inexactitudes. Madame parfaite n’est pas toujours parfaite. Elle s’imagine. C’est grâce à elle que… Elle est de l’ordre du mérite. Elle s’honore de son propre déshonneur et fait vivre dans sa douleur éternelle, de celle qui a mis au monde ses vaches sacrées. Une mère qui porte les fruits de pépins qu’elle rend incandescents, rougeoyants, comme de petites braises sur lesquelles on souffle pour allumer le brasier de la folle, la sorcière qu’on fait brûler sur des bûchers que l’on a bien ordonnés. Réduire en cendres à la manière des Hindous qui font disparaître les corps de leurs morts dans une odeur de souffre faite d’alcool à brûler. Faire inhaler de l’éther pour éthériser une portée de jeunes chiots. Évanescence pour une incandescente qui rogne les ailes des petites cocottes. Et les poules finissent dans le pot, au pot sur leur petit popot grâce à une petite popote savamment accommodée, avec une grande insipidité, mais dans de gros yeux de bouillon. Du bouillon pour la petite bouille, la petite gueugueule à pépé aux yeux limpides et clairs, à la résignation légendaire. Sagesse des maltraités. Des petites personnes qui cultivent un petit jardin à l’arrière des cours aux poules. Avec des petites fleurs. Une petite flaque, et c’est leur mare. Une grosse claque pour les grosses douleurs. Pas de petits sous pour les saouls. On matraque avec les mêmes expressions, les toutes petites chansons qui ne sont que de mauvais refrains. On a plus de souvenirs que si on avait mille ans. Et pourtant…

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