Cela fait plusieurs mois que je n'ai rien écrit ici sur Éric Chevillard et je pense qu'il s'en passerait bien. Mais moi pas, finalement, même s'il n'a rien fait paraître depuis son dernier Autofictif au mois de janvier. Il y a tout de même eu une réédition à laquelle il fallait souscrire aux éditions Mexico. Un très bel objet, un joli petit livre que j'ai dégusté avec mon âme de vieille adolescente. C'était Chiens écrasés et je ne peux que le recommander. Comme je ne peux que recommander la lecture quotidienne ou hebdomadaire de l'Autofictif. Depuis que je vais mieux, je m'y sens beaucoup mieux....
Un "nous" qui sonne comme de l'universel, comme quelque chose qui nous rassemble. Tout ce qui fait point commun quand on arrive jusque là, cet âge qui marque l'entrée dans la vieillesse. "Tout ce qui nous était à venir", c'est bien entendu la mort, mais aussi ce qui se passe avant cette heure fatale. La peau qui fletrit, le cheveu qui devient rare, le corps qui ralentit, qui devient plus douloureux et pesant. Les gestes, les émois, les fuites du corps et du temps, Jane Sautiere le présente superbement dans ce petit livre court où elle a recensé ce qui fait qu'un jour, nous sommes vieux. Sa langue...
Au mois d'août, que reste-t-il de mes appréhensions ? Chérie Cherry ne mange plus beaucoup. Il fait chaud. Elle n'a pas beaucoup d'appétit. Elle maigrit. Nous continuons à nous accompagner. Je ne me sens plus seule aujourd'hui. Je suis reliée à des dizaines d'individus. Comme moi, ils écrivent. Comme moi, ils aspirent à une vie sereine faite d'écritures. Je continue sur ma lancée. J'ai trouvé quelque chose d'équilibre. Je perds moins l'équilibre. J'ai moins de vertige. Je ne parlais plus. Désormais je parle trop. Pas de juste mesure. Envie de mourir ? Non, plus assez. Je suis les pas de Chérie...
Où aller mourir maintenant que Chérie Cherry va partir ? Combien de temps va-t-elle résister sans souffrir ? Que ferais-je après son départ ? Chérie Cherry s'en ira avec la démocratie. Il est fini mon temps. Je n'ai plus rien désormais. Me reste l'écriture et l'envie de passer à la postérité. Me reste l'envie de ne rien faire, d'écrire sans difficultés et de me promener en observatrice des mœurs délétères de mes congénères. Il va falloir résister, se faire encore plus discrète mais garder l'essentiel : cet amour de l'écriture qui perdure.
On pourrait l'appeler la discrète, elle est juste secrète. Elle a des appréhensions, ne sait pas ce que c'est qu'être normale. Elle est bizarre, dit-on, bizarre et assoiffée d'espérance, elle veut écrire en permanence. Elle n'est pas loin de ça mais il y a ce je ne sais quoi qui dit qu'elle est perturbée par le plus bas. Aujourd'hui elle a froid. Elle a mal au crâne et réprime un spasme. Elle veut une offrande, un permis d'écrire toute la vie.
Je ne voulais te voir partir Tu ne peux plus revenir. Je n'y suis pour rien désormais, sur toi il me faut laisser le temps passer. J'aimerais tant que tu reviennes. A cela, il faut que tu ne tiennes. J'en suis lasse, je ne veux plus me battre. Je veux sans toi avancer.
En ces jours de résurrection du Christ, je ne sais pas quoi faire de ce genre d'information. Jésus est revenu et aujourd'hui, on mange du poulet pour fêter cela. Je pense à ma mort aujourd'hui. Ma mort qui se rapproche. J'ai envie de mourir et je ne sais pas quoi faire avec ce genre d'information. J'ai envie de mourir et de ne plus écrire. Je pose ça là, comme ça, parle que je sais que je ne serai pas lue. J'ai envie de mourir parce que je ne suis pas lue. Laisser une trace, coûte que coûte. Vais je passer à la te lorsque je n'aura plus mon chat ? On verra bien. L'avenir ne me dit rien de bon ni...
Comment dire que ni on aime, ni on n'aime pas ? J'ai été déçue par cet opus des éditions Inculte. Je m'attendais à un livre plus littéraire. Assurément, ce livre de Daniel Fohr n'est pas de la littérature. Oh, on n'est pas obligés d'en être. C'est une aimable histoire au pays des Iliens. Un dessinateur de BD désabusé débarque sur son île en plein hiver. La chaudière ne fonctionne pas et il va devoir se faire accepter hors saison. Le défi que lui demande de relever le maire : faire une fresque dans la salle des fêtes. Elle devra représenter l'île. Le peintre-narrateur fera une galerie de portraits...
Ne plus se suffir de soi ? Rester maladroite. Rester malade ? J'ai longtemps été malade et je ne suis pas tout à fait guérie. Mon combat c'est la schizophrénie. Je ne serai jamais totalement guérie. Je suis malade à vie. Je suis tout de même en rémission. Je vais, je rêve et je transperce les secrets des défaillants. Je n'arrive plus à écrire. Je crois qu'il vaut mieux que je m'abstienne désormais. Ne plus écrire et prendre le risque de retomber malade. Pourrais-je tenir ? C'est un pari à prendre sur la vie mais je n'ai plus rien à dire.
Je l'ai lu en un rien de temps. Ça dure comme un déjeuner de soleil et la danseuse reste accrochée à la mémoire comme elle reste accrochée à la mémoire du narrateur qui est accroché à elle. Elle n'a pas de nom, la danseuse, et c'est peut-être pour ça que l'on a du mal à la saisir, au contraire de ces brefs personnages que l'on saisit tout de suite grâce à leur nom. Patrick Modiano parle de discipline, d'exigence et de coude cassé, le travail de l'écrivain est comparé au travail de la danse Et c'est avec beaucoup de discipline que Modiano écrit le flou des souvenirs du narrateur. Et c'est drôlement...